« Un tango à danser à deux »

Auteur.ice.s et éditeur.ice.s : des liens à penser

Lausanne, 30 octobre 2025 — Dans l’intimité de l’espace Dickens, une rencontre inédite a mis face à face auteur·ice·s et éditeur·ice·s suisses romands. Objectif : explorer les dynamiques de pouvoir, de confiance et de collaboration entre les deux parties.

Animée par Daniel Vuataz, cette première édition a rassemblé autour d’une table ronde Alice Bottarelli (Presses Inverses), Florence Schluchter-Robins (La Veilleuse) et Guy Chevalley (Paulette éditions) et un public nombreux. Leur message ? Publier, c’est bien plus qu’imprimer un livre — c’est construire une relation humaine, complexe, exigeante… et fragile.

Voici les deux points essentiels qui sont ressortis de cette rencontre :

1. Une transparence nécessaire dès le départ
Si dans de grandes maisons d’édition, plusieurs métiers se côtoient, la plupart des maisons suisses sont de très petites entreprises, gérées par quelques personnes qui travaillent à un très bas pourcentage. Les éditeur.ice.s se chargent alors de tout : préparation du texte, coordination, contrats, promotion, réseautage, organisation des salons… et manquent cruellement de temps, et de moyens.

Il est donc essentiel, dès le départ, d’entamer une discussion ouverte, franche et respectueuse entre les deux parties. La transparence (attentes, responsabilités, limites) est nécessaire pour prévenir les déceptions.  

Les maisons doivent communiquer davantage sur leurs engagements : fixer un cadre, faire des points réguliers, préciser de quelle manière elles ont envie et vont travailler. Les auteur.ice.s, de leur côté, doivent également être proactifs en clarifiant leurs rôles et leurs besoins.

Discuter en amont du planning et des étapes à venir évite les malentendus et les faux espoirs.  

2. Vers une solidarité collective et une levée de tabou
La précarité touche l’ensemble du milieu : auteur.ice.s, éditeur.ice.s, libraires.

« Si tout le monde était payé confortablement, les rapports de force qui nous séparent seraient pour la plupart levés. Nous devons pouvoir tirer à la même corde sans s’auto-exploiter ! », précise un.e participant.e.

La solution, selon plusieurs intervenant·e·s, passe par la solidarité collective.

Aux côtés d’associations telles que l’A*dS, les professionnel·le·s du livre doivent s’entraider pour défendre leurs droits. « Des grilles d’honoraires ont été réalisées par l’A*dS. Ces tarifs n’ont pas été choisis au hasard. Il faut tâcher de les respecter au mieux. Si on baisse son prix, on périclite le travail des autres », rappelle une participante.

Le tabou autour des revenus dans le milieu culturel est en train de s’effriter, ce qui permet une meilleure prise de conscience publique — et pourrait conduire à des changements.

Cependant, les réalités varient fortement selon les régions : en Suisse alémanique, les auteurs sont mieux rémunérés, les événements professionnels mieux organisés et souvent payants, tandis qu’en Suisse romande, le combat est encore en cours.

Toutefois, en tirant tous à la même corde, les choses pourront évoluer. Il faut s’entraider, se former, aller parler aux politiques pour que la situation progresse.

D’autres rencontres — organisés par l’A*dS — auront lieu de manière annuelle.

 

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